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dimanche 4 décembre 2011

La dame livide


Elle est belle, vraiment belle, maintenant.
Une silhouette blanche, spectrale, une peau presque phosphorescente dans l'ombre des arbres, un sein découvert, exhibant un mamelon encore pourpre, un autre sein à moitié masqué par une robe rouge, assortie à une chevelure de rouille... alanguie, paisible, elle fixe le ciel de ses yeux verts et lui offre sa blancheur d'ivoire, comme un présent ultime, une offrande funèbre.
Ma poitrine est serrée d'émotions contradictoires. Quand je l'ai rencontrée, elle n'était pas si parfaite. Je l'ai transcendée ; j'ai révélé au monde sa véritable beauté, tel un artiste. De cet acte si vil en apparence est née l'image la plus pure, la plus aboutie de cette femme.
Je n'ai pourtant rien calculé, tout s'est produit si vite. Mais le talent est inné, il s'affirme en dehors de toute volonté, seul le travail décide de la qualité du résultat. Je devrais m'enfuir, me pâmer de honte, et si je l'avais sali, ce serait fait. Non, elle est trop belle, maintenant, pour m'inspirer des remords, encore moins des regrets...
Elle était là, assise au bord de l'eau, le menton posé sur les genoux. Elle fixait le courant, perdue dans ses pensées. Sa chevelure bouclée se fondait presque dans l'écarlate de sa robe, et ses mollets par leur pâleur d’albâtre, déchiraient les ombres. Un peintre aurait pu immortaliser cette scène. Il l'aurait intitulé « Venus au bord de l'eau »...
M'a-t-elle senti dans son dos, le cœur battant, les entrailles nouée de désir ? Probablement pas, même si chacun de mes pas froissait les feuilles mortes. Nous étions seuls, dans cette forêt, retirés de la société et de ses règles. Je n'ai pas réfléchi, mû par l'inspiration du moment. Son calvaire n'a pas duré longtemps, j'étais trop ému, trop empressé, pour élaborer un acte durable.
Le résultat me comble d'horreur et d'extase.
Je remonte mon pantalon...